Thérapie pour prof doc : motiver les élèves au Centre de Doc.

J’ai trouvé une source d’inspiration parmi les dons du Centre de Doc (Pour qu’on soit bien clair, je n’aime pas les dons. Si je mets en place une politique d’acquisition, ce n’est pas pour ensuite économiser 100 dollars en passant une semaine à trier les livres donnes « Généreusement » parce que vous comprenez « on aime pas jeter des livres » Ben oui mais si vous n’en voulez plus, je ne suis pas sûr que cela puisée servir à mes ados qui me font déjà une poussée d’acné des que je prononce le mot LIVRE)

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Bon toujours est-il que je suis tombée sur cette merveille de vulgarisation Cognitive Behavior Thérapy. J’avoue, j’ai commencé à le feuilleter en cherchant un chapitre sur comment manipuler les gens… A la place je suis tombé sur une partie intitulé Behaving like a scientist Les auteurs proposent de mettre en place des expérimentations pour arriver à passer au-dessus des situations toxiques qui nous empoissonne la vie. Et bien je me suis laisse avoir par la petite thérapie et j’ai commencé à me dire que cette idée pourrait bien avoir des implications insoupçonnées notamment dans le cadre du métier de prof-doc.

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Je fais des formations et j’essaie de correspondre avec mes collègues et un point qui revient souvent, y compris dans ma propre pratique c’est le manque de motivation des élevés pour « venir travailler » au Centre de Doc (ou cette expression me donne des frissons). C’est bien la question de la légitimité du versant pédagogique de notre métier. Pour résumer, allant chercher des élèves un beau jour pour une séance, j’entends le prof leur dire « bon aujourd’hui on ne travaille pas. On va au CDI ! » Oh rage, o désespoir… ! Apres une des mises au point musclées qui ont fait ma réputation, je n’ai plus vraiment ce genre de problèmes avec mes collègues qui pour la plupart reconnaissent ma légitimité et ma spécialité d’enseignement (Les Sciences de l’Information et de la Communication si, si, si Les « docs » sont profs de ça, avant tout !)

Maintenant se pose le problème des petits monstres : il ne s’agit pas de les convaincre que je suis une « vraie prof » et que c’est mon « vrai métier », mais plutôt de mettre en place un environnent motivant et créatif afin qu’ils apprennent des choses sans s’en rendre compte (Rire de prof-doc machiavélique…)

Je maintiens que nous avons de nombreux atouts à notre disposition : le lieu CDI qui change de la salle de classe, l’accent sur la pédagogie de projet, le travail de groupe, l’utilisation de différents supports (papier, numérique..) le recours au multimédia (texte, images, sons, vidéos) voire une pointe de gamification…#funCDI

D’un autre coté, les travaux de Viau, sur la motivation nous donne un certain point d’ancrage pour réfléchir sur la conception d’une séance motivante pour les élèves. (Article ici si cela vous intéresse)

 

 

Motivation viau

Je me suis alors interrogée sur mes pratiques en reprenant un certain nombre de points proposés par Viau. Quels sont les obstacles au bon déroulement d’une séquence pédagogique au Centre de Doc ?

1. Des buts et des consignes clairs

La question des buts et des consignes ainsi que la mise en place d’un déroulement réalistes sont parfois un problème dans mes séances interdisciplinaires au CDI. Plutôt que de tout mettre sur le dos du prof (hi hi), je donne aux élèves une fiche projet que j’ai fait valider par l’enseignant en question reprenant les objectifs, les compétences info-documentaires que je vais valider et surtout la restitution finale et la date de fin de projet. Même si j’ai tendance à m’adapter avec les dates, il me semble que donner une semaine pour faire un exposé ou un mois, cela conditionne la restitution finale. Souvent je réalise la fiche projet et quand je la montre à l’enseignant, cela l’interpelle et il réfléchit également aux compétences supplémentaires à valider dans sa classe. Je le répète, la formalisation c’est la clef de la reconnaissance. C’est à travers des documents de communication qu’on montre ce que l’on fait…

2. La signifiance

 « Madame, ça sert à rien ce qu’on fait la ? » retour des avances de Noel le mercredi, paroles de 4eme, mon sang n’a fait qu’un tour… Bon ensuite la pression redescend : élevé de 4eme = provoc + absence de lobe frontal + pas envie de travailler la maintenant tout de suite. Mais en même temps, ça m’a un peu ébranlée…Apres la douche froide, j’ai demandé aux autres ce que pouvait signifier cette activité (en l’occurrence un travail autour de la photo de presse) Les autres monstres gentils m’ont quand même rassure en faisant des liens avec le projet photo qu’ils font en arts plastiques, en expliquant que comme ça, il saurait regarder les photos dans les médias… Bon, haut les cœurs! tout n’est pas perdu…

3. L’authenticité

J’ai passé mon Capes de doc avec la présence invisible de Jean-Michel Zakhartchouk qui a nourri mes ambitions de prof-documentaliste avec son livre L’enseignant un passeur culturel. (voir aussi son blog, qui donne toujours matière à réflexion Enseigner au XXIe siècle)  Je n’ai jamais renoncé à cette idée et j’espère ne pas me fourvoyer et maintenir un niveau d’exigence tout en m’accrochant à des situations connues des élèves. J’essaie de partir de leurs pratiques ou de leurs connaissances pour les accompagner dans la découverte de nouvelles notions ou de nouvelles attitudes, notamment en ce qui concerne l’esprit critique.

 

4. L’engagement cognitif

Tout est lié, me semble-t-il. SI j’arrive à « vendre » la signifiance et l’authenticité de mon projet, je vais pouvoir réussir à les engager physiquement et intellectuellement dans les différentes activités. Bien connaitre son public est important, certaines classes ou certains niveaux vont par exemple avoir besoin de plus de guidage ou d’étapes fractionnées, d’autres vont faire preuve d’autonomie et de débrouillardise. J’utilise pour ma part deux petites astuces :

La première est piquée aux profs américains, il s’agit de faire une petite comptine «  J’écoute avec mon corps, avec ma tête, avec mon cœur » C’est un peu nunuche, mais ça évite de hurler « silence » (ou de faire chutttttt !!!) et de mettre les monstres en position de travail (Il faut bien entendu poser les règles dès le début de l’année) Quand je commence à mimer les gestes, les élèves qui le note se taisent et donc au bout d’un certain temps (qui peut aller de 10 s a 3 minutes) tout le monde est concentré.

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La seconde est inspirée par les techniques New Age, (Ah pardon! de "bien être personnel"). Même moi, mon cerveau sature à certains moments (nous avons une capacité cognitive limitée qui varie en plus avec l’Age) J’interromps parfois l’activité et je demande de faire un break dans sa tête : respirer en silence, fermer les yeux (1 à 2 minutes maxi) et à la fin, je dis que nos cerveaux sont bien nettoyés (on a fait Reset) et c’est parti. Selon les classes ou l’activité, on peut les faire se lever et gigoter devant leurs tables pour se détendre le corps aussi.

Ben oui, je suis prête à tout au Centre de Doc… Apres cela n’implique pas que les élèves vont s’engager cognitivement, mais ça a au moins le mérite d’installer des conditions propices à la réflexion et au travail.

Ah oui et une dernière chose que je me refrène de faire : parler tout le temps… Cela peut être hyper angoissant en tant que prof d’être assis à son bureau et de regarder la classe travailler, mais si on prend la parole a vois haute tout le temps, on interrompt la réflexion des élèves. J’ai vu certains de mes collègues incapables de la faire et je fais un réel effort sur moi. Il faut poser les choses, si on leur demande travailler, on les laisse travailler, sinon on brouille les repères cognitifs.

5. Le défi

Je travaille sur la mise en place d’activités bonus pour les élèves hyperémotives. On me demande souvent ce que je fais pour aider les élèves un peu perdus, il me semble que parfois justement on oublie les autres : les curieux, les geeks, les accros aux devoirs. Si, si, si il y en a Ils se cachent se fondent dans la masse car l’intellectuel n’a pas bonne presse. Mais regardez attentivement : les valoriser par des activités supplémentaires un peu ludiques déjà c’est bon pour eux et en plus, ça donne envie aux autres : « Moi aussi je veux créer une vidéo. » « Ben oui, mais lui il a fini son PowerPoint… »

6. Le choix

Le choix : de plus en plus j’essaie de laisser aux élèves le choix du support, quand c’est possible. Nous travaillons sur la photo je leur laisse choisir une photo dans un corpus plutôt que donner le même support à l’ensemble de la classe. Ils sont souvent plus fiers de justifier leur choix individuel que de présenter une photo que j’ai choisi.

7. La collaboration

Ça ce n’est pas simple, c’est toujours une zone grise pour moi. Je favorise le travail en groupe, mais je n’ai toujours pas de solution pour mettre en œuvre un contexte favorable. Souvent, on à une juxtaposition d’individualités avec une alchimie plus au moins positive. Mon principal problème d’ailleurs, c’est que ce sont les élèves déjà « scolaires » qui sont capable de faire preuve de cette maîtrise. J’y reviendrais ultérieurement dans un autre post…

8. Un caractère interdisciplinaire

« Bandes de pirates ! » LE prof-doc n’a de toute façon pas le choix, il est comme le gui, un parasite qui s’incruste sur un organisme vivant existant (la classe disciplinaire) Mais bon, moi , ça ne me dérange pas et il me semble que si vous avez des collègues un tant soit peu sensibles aux compétences, cela peut vraiment tourner à notre avantage.

9. La diversité

Le travail sur les taches complexes ou sur les scénarios pédagogiques (voir Scénarios pédagoggqiues: la check list) permet pour moi d’avoir un contexte de diversification des activités. J’essaie d’ailleurs souvent de partir du personnel (avis, discussions) pour ensuite apporter des connaissances supplémentaires et les mettre en application dans plusieurs exercices.

Il me semble que la diversité c’est aussi varier les approches pédagogiques :  j’aime penser que je pratique une pédagogie hybride avec un peu de classe inversée (capsules ou recherches préalables), un peu de frontal (« bon là je vous explique 5 min ») et beaucoup de pédagogie active (écriture personnelle, recherches, restitutions)

10. Un déroulement réaliste

La boucle est bouclée et l’on revient au début avec les conditions de réalisation. Il parait évident qu’il faut laisser un temps suffisant pour que les élèves viennent à bout du projet. Mais je suis souvent prise de cours, soit mes monstres font une recherche à toute vitesse et estime qu’ils ont fini alors que j’ai prévu un temps de relecture qu’ils préfèrent consacrer à discuter, soit je suis victime de l’hétérogénéité et certains ont fini dans le temps imparti alors que d’autres ont tapé leurs noms sur le document final, soit prise par les contraintes d’emploi du temps, je suis moi-même confrontée à des bouleversements/ séances qui sautent et les élèves doivent finir à la maison.

La fiche projet m’aide beaucoup à ce niveau-là et l’échelonnement des exigences pour certains groupes, je vais uniquement évaluer la recherche ou le document de collecte alors que d’autres auront une véritable restitution. Cette différenciation ne pose pas souvent de problèmes à l’intérieur de la classe si elle est expliquée, chacun ayant quand même plus ou moins envie d'etre challengé et valorisé.

 

Il n’y a donc pas de formule magique et loin de moi l’idée d’écrire le grimoire des bonnes pratiques. C’est juste qu’il me semble qu’une organisation cadrée apporte des bénéfices à chacun : au prof-doc qui conserve et communique des « traces » de ses projets, aux profs collègues qui n’ont plus de raison de remettre en cause nos capacités d’enseignement, aux élèves qui sont investis d’un travail sérieux et en même temps parfois plus actif et dans un cadre diffèrent que le cours en salle de classe.

Dernière petite astuce : toutes mes fiches projets, je rajoute le nom de la classe et de l’enseignant et je m’en sers pour faire mon bilan d’activités à destination de la direction. Le temps que je passe à rédiger ces documents est donc bien rentabilisé !

Pour bien m'organiser, voilà la petite check list que je vérifie lors de mes conceptiosn de séances (A télécharger ici: Check list sequence motivante)

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Un autre axe de reflexion sur la motivation : Gamification, storytelling et motivation: la pédagogie du chocolat?

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