Gamification, storytelling et motivation: la pédagogie du chocolat?

J’ai une capacité que je déplore parfois de ne pas voir chez certains de mes collègues : je me rappelle l’ado que j’étais (rebelle et métal), je me rappelle de mes sensations en classe, je me rappelle de certains cours qui m’ont vraiment lassé des souvenirs de bonheur (j’ai toujours adoré apprendre !)

Lors de ma première année de prof-doc, cette pensée me réveillait la nuit : Qu’aurais-je pense de moi ? Si j’étais l’élevé de 5eme ou de seconde et que par un concours de circonstances fortuits et magiques, je « m’avais en cours ! » Je ne suis pas sure maintenant de vouloir avoir la réponse. Je devais être très stressée au début de ma carrière, mais on ne peut pas m’enlever que je n’ai jamais été motivée (Avec le recul, cela pouvait parfois frôler l’inconscience ! un clue do géant au CDI avec assassinat de prof et interventions de l’administration, des concours lecture seule contre vents et marées, des sélections cinématographiques allant de Tarantino à Battle Royale !)

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Moi, élève de seconde... (Tatoos ephémères pour ne pas me faire renier par mon grand-père..)

Néanmoins, en prenant un peu de recul, je m’aperçois que j’ai toujours essayé de me poser des questions sur mes pratiques pédagogiques et ensuite que j’ai toujours essayé de trouver le juste équilibre entre le contenu, les compétences que je souhaite voir acquises par mes élèves et la forme.

Un article des Cahiers pédagogiques tourne en ce moment sur twitter Ne pas opposer bienveillance et exigence Je reprends ce titre à mon compte je ne souhaite pas opposer qualité d’apprentissage et fun. J’ai bien conscience à la base que l’éducation à la recherche documentaire n’est pas la matière qui sonne le plus glamour.

Alors j’ai fait le choix qui d’ailleurs semble surfer sur la nouvelle tendance de la gamification ou ludification de réellement travailler l’emballage : le Centre de Doc ressemble parfois un peu à un cabinet de curiosité, entre le magasin de jouet et la chambre du geek.

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Le cabinet de curiosités de Delphine Jacquot (La Maison est en carton) collection Grandimage

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Il me semble néanmoins que, à travers ces artifices, on ne perd rien : les taches complexes préconisées par exemple en histoire géographie, les missions ne sont que des mises en scène qui ne vont pas nuire au contenu d’apprentissage, mais pour moi  plutôt emballer joliment à la manière d’un beau livre recouvert d’un beau papier cadeau.

L’utilisation de jeux sérieux pour enseigner relevé me semble-t-il d’un même aspect. J’aime l’idée de scénariser mes cours à la manière d’un cinéaste de raconter une histoire. Au lieu de faire une interrogation sur feuille, d’utiliser les mêmes questions sur un iPad avec des illustrations interactives.

Apres avoir planché sur ce sujet pour mon CAPES, j’essaie de m’intéresser aux d’études sur la motivation : on oppose souvent la motivation externe (récompense, concours…) à la motivation interne (besoin et désir d’apprendre).

Peut-être que le fait d’évoluer en école américaine, où la compétition est quand même une valeur d’éducation me fait un peu perdre le sens des réalités, mais il me semble par exemple dans le cas de concours lecture que je ne perds pas au change en organisant un jeu de lecture, avec un classement et des récompenses. Les lecteurs assidus n’ont pas besoin de ce jeu pour lire, mais peuvent accéder à une sorte de valorisation, ceux qui ont moins l’habitude ou l’envie de lire, à la manière des coureurs de fonds, me font parfois un sprint de dernière ligne droite un livre de plus lu pour avoir une chance d’accéder au palmarès.

C’est d’ailleurs ce que je retiens de l’analyse de Rolland Viau Des conditions à respecter pour susciter la motivation des élèves

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Bien sûr, il ne s’agit pas d’une solution miracle, bien sûr, il n’y a pas de vérité absolue en pédagogie mais pour moi, cette équation est la formule magique que j’essaie de garder à l’esprit en bâtissant mes séquences.

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Comme toute analyse pédagogique, il ne s’agit pas d’en faire un modèle absolu mais de doser régulièrement les différentes composantes pour arriver à un scénario pédagogique, un plan de séquences qui me satisfait. Souvent d’ailleurs je tâtonne, j’expérimente, je modifie certains éléments trop chronophages ou peu adaptés.

Mes petits trucs :

1/ Avoir de l’ambition pour mes élèves Oui, je vais leur apprendre en 5eme à faire un document de collecte, en 4eme une cartographie des sources tout en travaillant en parallèle sur la sélection d’information ou la lecture, même si certains de mes élèves ont des problèmes de langage ou d’apprentissage. Peut-être qu’ils se révèleront des génies de la recherche ou des restitutions numériques !

2/ Leur raconter une histoire. Emmener les élèves  dans des contrées lointaines par un roman ou dans le monde des expérimentations scientifiques n’est pas l’apanage du prof de lettres ou de science. Ces petits monstres adolescents adorent qu’on leur raconte des histoires, que cela soit par la lecture d’un album sur Leonard de Vinci en 4eme ou par la mise en scène (Internet expliqué à ma grand-mère) Le prof-doc est peut-être d’ailleurs le mieux placé pour créer un environnement d’apprentissage interdisciplinaire et culturel, pour tenir ce rôle cher à mon cœur de « passeur culturel » ( Merci Jean-Michel Zakhartchouk)

3/Leur faire confiance. Faire un test sur les profils d’apprentissages en parlant des X-mens, utiliser les séries télé comme support d’analyse des medias ne va pas créer une dynamique d’apprentissage parfaite mais en tout cas, cela ne va pas non plus les faire décrocher totalement du cours, ni baisser le niveau de contenu

4/ Travailler la coopération pour contrebalancer les effets pervers du challenge La motivation pour le travail de groupe est quelque chose qui est très difficile de mettre en place. Combien de fois ai-je entendu ils ne savent pas travailler en groupe ! Mais travailler en groupe et mettre des notes différentes à chacun des membres ne facilite pas la collaboration, comme d’ailleurs mettre une note de groupe met plus de pression sur les élèves moteurs qui veulent avoir une bonne note et qui parfois font le travail des autres. Le recours à un système de points de comportements ou de compétences à la manière d’un jeu permet parfois de susciter l’intérêt, de favoriser l’entraide.

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Il me semble que les conditions d’enseignement de l’EMI qui se glisse toujours entre les interstices et ramasse les miettes se prête particulièrement bien à l’application de certains de ces « petits trucs », sans toutefois se laisser happer par la facilité à laquelle peuvent conduire le jeu et la scénarisation. Par un phénomène inverse, il me semble que l’utilisation de scenarios et d’activités ludiques me permet de  monter le niveau des connaissances, du vocabulaire et du travail métacognitif. Il ne s’agit pas de faire l’apologie du «chocolat sur les brocolis », mais plutôt justement de travailler une pédagogie du « Ferrero Rocher « C’est bon mais quand on croque la noisette, c’est encore mieux !

 

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EMI reflexion

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