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Descartes au lycée : Complots et manipulations

Ils doutent, mais ils me croient

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Dans le cadre de réflexions autour de l’EMI, j’ai choisi de m’intéresser aux thèmes Médias et manipulation, ce qui recouvre un grand éventail de thématiques. Surfant sur la vague du moment et intéressé par le phénomène des complot, j’ai donc eu l’occasion d’échanger et de travailler en collaboration avec des enseignants de mon école, des élèves, et des collègues documentalistes d’autres horizons.

Autant je suis super intéressée par le sujet , autant je m’interroge beaucoup sur la façon de l’aborder avec les élèves. Il me semble évident que l’approche pédagogique que je vais choisir va vraiment conditionne le sens de mon message. J’ai plusieurs postulats de départ pour m’interroger :

  • Mes élèves  me croient la plupart du temps Quand je leur explique comment faire ci ou faire ça, ils sont d’accord pour essayer (même s’ils oublient comment faire une bibliographie dans les 15 jours)  Ils sont même toujours d’accord pour débattre ou exprimer leurs opinions
  • Mes élèves me croient car ils me parlent Ils m’expliquent leurs théories, leurs doutes leurs croyances, les adultes que je côtoie également. Je ne souhaite pas remettre en cause cette confiance en leur balançant des vidéos qui démontent les théories du complot, au risque de les renvoyer dos à dos avec leurs doutes et à moi-même faire partie des « manipulés »
  • Parce qu’ils doutent, parce qu’ils ne croient justement tout ce qui est dit dans les « versions officielles », ils font partie des éclairés C’est le cercle pervers du « Je doute, donc je sais mieux que toi » Souvent d’ailleurs ce sont mes élèves les plus démunis face à l’école qui veinent me voir tout fiers « vous savez Madame, c’est pas vrai ce qu’ils ont dit sur les attentats de Paris ! »

Et là, je suis vraiment démunie je commence par « Ah bon ! Je ne savais pas ! » et j’essaie de glisser sur les sources, d’instaurer une discussion en tremblant dans mes baskets !

Quel jeu d’équilibriste ! et j’avoue que c’est la première fois que moi-même je doute autant. J’ai eu des séances dures, compliquées, voire douloureuse pour parler du Front National au deuxième tour, des religions,  des élections d’Obama, des attentats, mais jamais je ne m’étais posé autant de questions sur comment j’aborde ses sujets. Je crois que j’ai un peu de complotisme dans le sang

 J’ai dévoré le Da Vinci code et tous les thrillers historiques qui remettent en cause les versions officielles de l’histoire. J’adore refermer un roman en disant «  Ah ouais et si c’était vrai ! »  Tout est dans ce SI…

Donc je continue de m’interroger Comment ouvrir le dialogue, créer un espace de contrepied face aux croyances complotistes, un contre-pouvoir sans pour autant perdre les élèves qui adhèrent même de façon superficielle a certaines de ces théories. Qu’est-ce qu’un complot ? Sinon une histoire de l’Histoire, un besoin de croire que le monde n’est pas tel qu’il est, mais une forme de manipulation du destin contre laquelle on ne peut pas lutter. Le mystère est à portée de main  et la responsabilité individuelle n’a plus lieu d’être.

 J’ai été très intéressée par l’expérience de Lionel Vighier, prof de lettresaAu collège Picasso de Montesson Attentats : décrypter le complotisme et les « infaux » avec la parodie en « Classe Médias »

Je ne suis pas sure d’avoir envie de créer de faux sites d’informations. Inventer, créer, écrire, pédagogie de l’activité, oui … Apprendre à créer de fausses informations, je me méfie. L’enfer est pavé de bonnes intentions.. Il y a toujours un revers de la médaille, il me semble. Néanmoins l’expérience parodique de  la classe media du College Picasso est vraiment intéressante. Cela montre une véritable formation et maturité de la part de ses élèves.

Si mes élèves doutent et s’interrogent, il est peu de dire que moi aussi. Comment les guider pour que nous puissions douter ensemble ???

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