CSI Doc Rock

Le syndrome de Galilée

Si ce blog n’est pas un blog de psychothérapie, je ne sais pas à quoi il sert. Enfin voila ma petite obsession du jour : je m’angoisse, je m’inquiète et j’avoue, je désespère un peu devient l’ampleur de la tâche.

Pourquoi Galilée ? Parce que lors de mes recherches autour de l’information scientifique pour rédiger mon mémoire, je me suis retrouve en face de théories scientifiques les plus farfelues les unes que les autres, parfois à la limite du complotasse, mais avec toujours de la part des auteurs une intime conviction d’être dans leur bon droit et seuls détenteurs de la vérité ! (ca ne vous rappelle rien ?)

Or il me semble que cela peut faire partie de ce ce syndrome de Galilée : oui Galilée avait raison envers et contre tous, mais ça ne veut pas dire que toutes les « théories alternatives »ont la même valeur.

Galileo

Je suis d’ailleurs très mécontente de cette autoproclamation des sites alternatifs. Je suis de la génération du rock alternatif et avec ça, pas moyen de se tromper… Bon revenons à nos moutons, ou plutôt à nos soucoupes volantes… 

J’ai déjà été confronté à la difficulté de discuter de théories alternatives voire de théories du complot avec les élèves voire avec des adultes et il est impossible de leur faire entendre « raison » pour autant que la raison soit de mon côté. Gerald Bronner bien dans la démocratie des crédules l’explique très bien :c’est l’argument de l’ignorance Argumenta ad ignorantiam ( c’est un peu classe en latin) Il est intellectuellement impossible de prouver qu’une chose n’existe pas : je peux prouver que les chevaux existent mais il m’est impossible de prouver que les licornes n’existent pas. Car le doute s’autonourrit et on trouvera toujours quelqu’un pour douter dans l’absolu.

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Dans mes supers missions de prof-doc, je me targue de former à cette chose également mystérieuse qu’est l’esprit critique  (Ben tiens comment convaincre quelqu’un qu’il ne fait PAS preuve d’esprit critique ?) Or je pense que par un biais intellectuel tordu, le complotisme dans les sens le plus léger du terme, c’est-à-dire celui  qui se laisse convaincre par des informations qui renforceront ses croyances ne peut être détrompé. Un peu pessimiste comme constat ! Par contre, je suis convaincue qu’en discutant, pas forcément d’ailleurs par des contre arguments mais en rééquilibrant la balance, en expliquant et le plus dur étant de le faire sans juger, on peut distiller un soupçon d’esprit critique.

Il y a aussi un autre paramètre qui rentre en jeu me semble-t-il c’est la propension des humaines ados ou autres à aimer les belles histoires : je suis moi-même assez fascinée par toutes les théories de société secrète (le Bones and Skulls club de Harvard…), les romans policiers impliquant des complots à grande échelle. Mentionnez par exemple que le Prieuré de Sion est l’un des ressorts dramatiques du Da Vinci Code étonne souvent mes élèves. Sur l’échelle du syndrome de Galilée, il existe donc plusieurs degrés.

Maintenant il me semble le challenge c’est de trouver un juste équilibre entre le « doute sain » qui permet de contrer la naïveté et un « doute » autocentré qui n’existe que pour exister. Ne pas croire tout ce qu’on nous dit dans les médias, c’est une bonne attitude. Maintenant sous prétexte d’avoir un esprit ouvert, et d’avoir une autre version des faits se tourner vers des sites revendiquent cette fameuse approche alternative au risque justement de se retrouver piège dans une sphère réductrice et manipulatrice, c’est là où ça devient très très glissant.

Je suis la première en parcourant mon fil twitter à avoir parfois un sursaut d’étonnement devant certaines news et a m’y reprendre à deux fois, mal réveillée, café à peine entamé avant de m’apercevoir qu’il s’agit du Gorafi (ou sa version américaine The Onion) Ces sites parodiques sous un vernis journalistique sont capable de faire passer des blagues pour de vrais faits. Si je me laisse avoir pendant une minute, ca doit bien arriver à d’autres gens. Paf on clique on relaie et le mal est fait !

Cela m’inquiète également dans le cas de vrais médias dit alternatifs : le dernier en date qui ressort régulièrement et qui m’inquiète énormément : c’est Spoutnik news Ce site d’actu très efficace au niveau de la vitesse de réaction se targue de donner une version alternative de l’actualité mondiale Je l’ai d’ailleurs trouve bien intéressant à plusieurs reprises sauf qu’au bout d’un moment, j’ai creusé un peu et je l’ai trouvé très russe-centré( Le test quel cosmonaute russe êtes-vous m’a beaucoup interpellé !). Et en effet, c’est un site pro-russe reposant sur des agences de presse internationale mais avec un biais certain et une idéologie sous-jacente bien présente. Or ce site apparait de plus en plus sur les réseaux sociaux et est relayé de façon exponentielle.

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Et ne me lancez même pas sur les hoax de toutes formes : disparition, dénonciation vidéo de gens (vol, comportements…) même si cela part d’une bonne intention, il me semble que cela renforce le sentiment d’immunité que peut procurer les réseaux sociaux. A délayer la responsabilité et à se vouloir justicier des réseaux sociaux, on perd complètement le sens de l’information : donner forme, utiliser le langage pour un projet … c’est également le revers de la médaille du journalisme citoyen. Si aujourd’hui c’est absolument incroyable de pouvoir suivre certains évènements de leur centre, avec des témoins privilégiés, on n’a parfois plus de recul par rapport aux faits.

Galilée, sors de ce corps ! Sous le prétexte de mieux s’informer, on tombe dans le piège de la désinformation. Alors il existe des tas de formules, de questionnements, de règles à appliquer, je vous propose la mienne que j’ai essayé de réduire aux questionnements les plus simples. Je pense que j’en ferais une affiche pour la rentrée. Il s’agit bien sûr d’une version simplifiée du phénomène de recommandation, mais il me semble que cela peut faire un bon support de discussion avec les élèves.

 

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