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Patrick Bruel, acteur engagé à Colcoa, le Festival du film Français à Los Angeles

Par Marjorie Decriem, professeur-documentaliste Lycée International de Los Angeles

Loin des foules de la « Bruelmania » qui ont fait son succès dans les années 90, c’est sur la scène de la prestigieuse salle de cinéma de la Directors Guild of America durant le festival Colcoa que nous retrouvons Patrick Bruel.

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Colca, c’est le festival annuel du film et des séries françaises de Los Angeles. Fêtant cette année ses dix ans, c’est l’occasion pour les établissements scolaires francophones ou enseignants le français de se rendre au cinéma pour une découverte des productions cinématographiques françaises, l’occasion pour nos élèves de 3eme et de 2nde option CAV (Cinéma et audiovisuel) au Lycée International de Los Angeles de garder un lien avec la culture francophone.

C’est donc une salle remplie d’adolescents qui suit les péripéties Joseph Joffo et son frère Maurice, deux adolescents juifs durant la 2nde guerre mondiale. Le film de Christian Duguay Un Sac de Billes est tiré du livre autobiographique de Joseph Joffo. Le film est poignant. Sans verser dans le pathos, les acteurs sont justes, leurs prestations remarquables : la salle entière retient son souffle quand le père envoie ses fils loin de lui, quand les deux enfants essaient d’échapper à la Gestapo. Au rythme du film, on sent le public frémir, se relâcher, applaudir à plusieurs reprises pendant le film. Quand les lumières se rallument, les yeux ne sont plus très secs : chacun essuie en cachette une dernière petite larme.

Le temps de se remettre, on nous annonce la présence de l’acteur principal Patrick Bruel. Les regards sont tournés vers la scène, il est assis dans le fonds de la salle à quelques mètres de nous. La démarche tranquille, un petit sourire au coin des lèvres, il se présente seul devant l’immense rideau de velours rouge qui cache l’écran de cinéma.

La voix un peu éraillée, cette voix cassée qui aura fait son succès, il se présente humblement en anglais, essaie d’organiser les questions des élèves, rit quand il ne comprend pas les nuances des questions en anglais, demande gentiment aux enfants de répéter pour être sûr de bien comprendre. Il se prête au jeu des questions réponses avec beaucoup d’élégance et de simplicité.

La voix se fait plus forte, plus ferme. Il parle de son métier d’acteur, mais surtout du film : beaucoup de questions tournent autour de la difficulté pour un acteur d’incarner un personnage tragique, pris dans la tourmente des évènements. C’est à New York qu’il a suivi des cours d’art dramatiques et qu’il a appris à jouer avec ses émotions. Un véritable challenge aux vues de la tension présente dans le film. Il évoque sa famille et fait le lien entre les enfants acteurs du film et ses propres enfants. « Je ne suis pas sûr que je serais capable d’envoyer mes enfants comme cela au loin » Il parle également l’importance que ce rôle prend pour lui à titre personnel par rapport à sa propre histoire et sa confession. « C’est tellement important aujourd’hui de se souvenir. Il n’y a plus beaucoup de monde pour raconter la guerre, ça devient lointain Et en même temps, cela n’a jamais été autant d’actualité » Des mots simples, percutants qui font sens pour le public présent dans la salle. Il nous raconte l’histoire de la France, l’histoire des relations avec les Etats Unis pendant la guerre, une histoire universelle où les erreurs du passé sont censées ne pas s’oublier pour en tirer des leçons pour l’avenir. C’est d’ailleurs l’occasion de mentionner les élections françaises… sous les applaudissements de la salle.

Les questions s’enchaînent, mélange linguistique de français d’anglais. Il évoque sa carrière cinématographique, notamment le film Un secret de Claude Miller tiré du roman de Patrick Gimbert .Mes élèves se retournent « Madame, il a aussi fait Un secret ! » « Ah ben ! Je vais le regarder en rentrant alors » Nous étions partis pour une découverte cinématographique ce matin au festival Colcoa. C’est une grande leçon d’histoire que nous avons reçu de la part de Patrick Bruel.

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